La Sainte Russlavie

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Excellences, Altesses, messieurs et mesdames.



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 Que la chasse commence...

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Kassian P. Loughinine



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MessageSujet: Que la chasse commence...   Jeu 7 Mai 2009 - 17:22

Les affaires qui se concluent à Gornograd dans le quartier malfamé de la Soubrotchnika ne se distinguent jamais par leur netteté.
Et ce soir, ce n'est pas différent.

Dans une chambre située à l'arrière du tripot "La Chance Sourit aux Manchots", fréquenté principalement par des vétérans des guerres impériales, une mystérieuse transaction se déroule.
Dans cette pièce sombre, deux individus se tiennent face à face, le visage caché par l'ombre.

On arrive vaguement à les apercevoir. L'un, d'une corpulence certaine, est affalé sur sa chaise. Une vaste redingote militaire accueille sa masse graisseuse, et de grosses bottes enferment ses jambes. L'autre, svelte, est vêtu d'un costume élimé. Ses mains basanées posées sur la table présentent de longs doigts fins.

Enfin, une grosse voix pâteuse interrompt le silence. Après tout, ce n'est pas un rendez-vous romantique.

- Alors c'est vous, celui que l'on nomme "le Turcose"?

Pas de réponse. Le militaire, mal à l'aise, remue sur sa chaise.

- C'est vous? C'est vous le camarade d'évasion du détenu Ivan Petrovitch Popov du bagne d'Ourmansk?

En bruit de fond, on entend une dispute qui s'est déclarée dans le tripot. Des chats de gouttière miaulent. Le corpulent militaire soupire.

- Da, on m'a dit que vous n'étiez pas très bavard.
Je connais votre dossier. Vous vous appelez Ahmad Baba, natif de Constantinobul, officier dans l'armée de la Porte. Vous avez déserté et vous avez été attrapé par des cosaques dans le Kaukaze. Depuis, vous purgiez une peine perpétuelle au katorga... avant votre évasion !

L'homme basané commence à s'agiter. Est-ce de la colère ou de la peur? Que lui veut-on?

- Bon. Allons droit au but. Il paraît que vous êtes une fine gâchette et que vous savez vous débrouiller. Des hommes hauts placés ont besoin de gens tels que vous.
Si vous régler certaines affaires délicates, ces hommes-là peuvent même vous faire disparaître des registres de police.
Vous tentez le coup ou vous retournez à Ourmansk, comme vous le souhaitez...

Ahmad Baba soupire. L'officier enchaîne, satisfait.

- Très bien, je savais que nous pouvions compter sur vous.
Il s'appelle Irakli Akhrameievitch Ordjonikidze. Nous ne savons rien de lui, à part qu'il est Kaukazien - donc à peu près de votre région, pas vrai, Baba bouzouk ! - et qu'il a servi dans l'Okhrana à une certaine époque.
C'est un sadique, méfiez-vous. Peut-être tue-t-il pour son propre compte ou pour celui d'un nouveau maître. Quoi qu'il en soit, trouvez-le, découvrez ce qu'il cache et, si cela vous est possible, éliminez-le.

Le nouvel agent extraordinaire se lève pesamment, et disparaît derrière une porte.
Enfin, le militaire peut respirer. Il sort à son tour quelques minutes plus tard. Dans la rue l'attend une automobile. Il s'y engouffre.

- Alors, Piotr Arkadiévitch? Il a accepté?
- Da, Kassian Pavlovitch, la chasse a commencé...
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Kassian P. Loughinine



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MessageSujet: Re: Que la chasse commence...   Dim 10 Mai 2009 - 12:11

Ahmad Baba erre sur les prospekts populeux de la Capitale. Dans son costume élimé, avec ses longues moustaches tombantes, il semble venir d'une autre époque. Ses gros sourcils broussailleux, d'un noir profond, complètent le tableau. Des promeneurs amusés l'accostent en lui demandant si la récolte a été bonne, en Kalmoukie. En un russlave approximatif, il les envoie se faire voir.

Il vient de quitter son logement de fortune en emportant ses maigres biens. Il avait habité durant plusieurs mois dans les anciens bureaux des contremaîtres d'une usine abandonnée. Il n'en sortait que pour mendier de la nourriture auprès du pope de l'église St-Manuel et pour dévaliser les imprudents badauds qu'il croisait.

C'est ainsi que durant une de ses échappées nocturnes, il a rencontré un élève-officier complètement ivre, qu'il a pu dépouiller de son uniforme et de son petit revolver d'ordonnance de cavalerie. Par chance, l'homme avait sensiblement la même taille que lui.

Ahmad Baba parcourt donc les avenues de Gornograd en n'ayant aucune idée où aller. Retrouver un Kaukazien du nom d'Irakli Ordjonikidze... Mais comment faire? Et qu'est-ce qu'il peut bien en avoir à foutre, lui, de ce Ordjonikidze?

L'idée de s'enfuir lui passe par la tête. Il l'enterre aussitôt. En Turcosie l'attend le peloton d'exécution, et en Russlavie, il risque à tout moment de retourner au bagne. Il n'a pas le choix.

Il bifurque à droite, en direction du bureau de recensement. Il y pénètre la peur au ventre et en ressort dix minutes plus tard, les yeux pétillants de colère. Il a perdu ses derniers roubles pour aider les fonctionnaires à retrouver leur mémoire. Mais il sait maintenant que l'homme qu'il cherche se plaît à séjourner à l'hôtel Continental.

Il s'y rend d'un pas pressé. Arrivé devant l'imposant édifice, il aborde cavalièrement une femme de chambre de l'hôtel. Avec son charme oriental, de vagues promesses et beaucoup de clins d'oeil, il arrive à lui soutirer quelques informations. Irakli Ordjonikidze n'a plus visité l'hôtel depuis plusieurs mois. Quelles étaient ses fréquentations? Il ne voyait personne et ne sortait jamais, si ce n'était pour se rendre à l'honorable établissement de Monsieur Tseu-Li, sur le Imperatriza Prospekt.

- Un fumeur d'opium ! pensa Ahmad. Ce bougre me devient sympathique !
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Kassian P. Loughinine



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MessageSujet: Re: Que la chasse commence...   Lun 18 Mai 2009 - 20:39

- Un opiomane? Vous êtes certain? s'interroge Merkoul Lukianovitch Broussilov, fonctionnaire de police de Gornograd. Et maintenant, que comptez-vous faire?

- Me rendre à la grotte d'opium de Tseu-Li, et débusquer celui que nous cherchons.

Le policier le regarde d'un air affecté.

- Faites ce que vous voulez. Mais ne prenez pas trop de risques, de toute façon vous n'êtes plus couvert. Notre protecteur commun a quitté la ville, et j'ai l'intuition qu'il ne reviendra pas de sitôt. Les temps changent vite, vous savez. Dans un mois tout au plus, Nikolaï et son fils Aleksandr seront de retour et ferons le ménage.

Ahmad Baba tire sur sa cigarette, et arbore une mine compréhensive.

- Je comprends, Votre Haute Noblesse. Il ne faut pas briller comme soutien des nouvelles forces politiques, si instables, si périssables...

- Ne vous moquez pas. J'ai une famille à nourrir. Que me restera-t-il si je me retrouve à la rue, remplacé par un quelconque sbire de Polchak? Je ne peux pas mettre ma carrière en jeu, voilà tout.

- Avec de tels principes, nul doute que vous irez loin, Votre Haute Noblesse. Je prédis votre nomination prochaine au poste de préfet de police de la Capitale. Je vous vois déjà en train de monter le parvis de la Cathédrale St-Komsomol, le jour de la procession de la Fête-Khrestos, et baiser la main de popes gâteux et de généralissimes putschistes.

Merkoul lisse ses moustaches, le visage inexpressif.

- C'est ça, continuez de jouer au plus malin avec le destin. A ma place, vous auriez deviné depuis longtemps le rôle décisif de nos chers caciques du Palais d'Hiver et du Palais Tchernilov. Ces lascars font et défont les vies comme un enfant qui s'amuse avec des fourmis.
Et maintenant, dégagez. Je ne vous connais pas et je ne vous ai jamais vu.
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Feodor V. Pojarski



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MessageSujet: Re: Que la chasse commence...   Mar 19 Mai 2009 - 15:15

La douleur se fait aigüe, sans fin. Lancinante, elle envahi tout entier son corps, vrillant ses nerfs, déchirant ses muscles. Depuis le départ de Novolensk, elle est devenue réellement insupportable.

Depuis que le train a quitté la ville ouvrière, Irakli n'a pas adressé un mot à son complice, l'inconstitant Koba, qui le regarde avec un mélange de peur et d'incompréhension.

Il faut dire qu'Irakli Akhrameievitch fait peur à voir. Rencogné dans son siège, la tête collée à la vitre, il regarde le paysage d'un air totalement halluciné. Il sue à grosses gouttes, sans interruption. Ses yeux injectés de sang sont lourdement cernés. Il ne dort plus.

Plusieurs fois, la nuit, alors que le train est plongé dans l'obscurité, Irakli se surprend à empoigner son couteau, très près d'égorger le pauvre Koba durant son sommeil.

Quand le train s'immobilise enfin sur le quai de la Gare du Nord, c'est presque en trébuchant qu'Irakli se laisse tomber sur le quai.
A la vitesse d'un fou, il déboule sur le boulevard, suivi tant bien que mal par un Koba portant deux valises pleines de roubles.


- Où allons nous ? demande le jeune sbire, d'un air dépité.

Sans même lui jeter un regard, Irakli répond, d'une voix blanche;


- Nous... nous ressourcer.

Vingt minutes plus tard, chez Tseu-Li.
Au troisième et dernier étage de l'immeuble, le vieux margoulin asiate a fait aménager une suite "impériale" pour ses plus augustes - ou débauchés - clients.
En fait de suite, il s'agit plus surement d'une enfilade de pièces meublées de manière à la fois ostentatoire et décrépite. Les dorures sont écaillées, les médiocres tapis sont couvers de taches suspectes, de même que les canapés informes qui invitent à la débauche.

Dans un placard aux boiseries illustrées de dessins grivois, des fouets, des menottes et autres accessoires sont à la disposition du client.

Le client, en l'occurrence, n'y prête pas la moindre attention, pas plus qu'aux fresques érotiques usées et morcellées qui couvrent le bas plafond.
Il se jette sur un canapé, vraisemblablement dans un état de vive anxiété, sans cesser de jeter des regards impatients à la servante asiate qui prépare le matériel avec une insupportable lenteur.

Enfin la drogue est prête, et Irakli s'empare de la pipe à opium, bousculant au passage la servante qui recule précautionneusement sans cesser d'arborer une mine qui hésite entre l'invite putassière et la servilité cauteleuse.

Irakli commence à inhaler la drogue qui se répand lentement dans son cerveau. Les ombres sinistres qui guettent sa chute se dissipent et finissent par disparaitre, chassées par les angelots grivois aux couleurs passées qui contemplent Irakli avec bienveillance depuis le plafond.

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Kassian P. Loughinine



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MessageSujet: Re: Que la chasse commence...   Mar 19 Mai 2009 - 18:17

- Ah, misèle, désespoil et dictatule ! se lamente théatralement Tseu-Li, le canon d'un revolver vissé entre ses homoplates.

- Tais-toi, chynetoque ! lui souffle Ahmad Baba avec insistance, alors qu'ils gravissent ensemble l'escalier menant à l'ultime étage de l'établissement.

- Vous êtes de la police? Nous pouvons nous allanger, je vous assule ! J'ai beaucoup de loubles à ma disposition.

Le Turcose le bouscule violemment. L'Asiate se prend les pieds dans sa robe de soie et tombe sur les marches. Son sourire réglementaire n'a pas disparu pour autant.

- Oh ! Vous pléfélez peut-être des coulonnes nooldzeelan... Coup de pied dans les côtes. Ouf ! Des yens jatonnais, voilà ! De la bonne monnaie, elle ne se dévalue jamais !

La crosse du revolver s'écrase plusieurs fois sur le crâne de Tseu-Li, qui perd définitivement conscience. Ahmad Baba s'époussière un peu, astique ses grosses moustaches tombantes d'un noir profond, puis s'élance d'un pas décidé vers la seule porte de l'étage.

Il ignore qu'il vient de molester un des plus éminents représentants des sociétés secrètes orientales de Gornograd.

Il ouvre la porte avec précaution. Ce qu'il découvre dans la pièce est à son avantage. Le Kaukazien est endormi, tout comme un autre gaillard suspect et une servante de l'établissement. Sans trop de ménagement, il jette la servante et l'inconnu dans un placard et les y enferme. Mais son oeil a tôt fait d'identifier deux valises ouvertes pleines de roubles dans un coin de la pièce.

Comme hypnotisé, Ahmad Baba parcourt le chemin le séparant du trésor en trébuchant sur chaque meuble qu'il rencontre. Dans une sorte de transe, il empoche frénétiquement les liasses.

Lorsqu'il se retourne, le Turcose se rend compte que le Kaukazien, étalé à l'autre bout de la chambre, est en train d'émerger de son rêve d'opium. Ahmad Baba se maudit intérieurement: il a oublié de le désarmer avant de se jeter sur le fric !...
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Feodor V. Pojarski



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MessageSujet: Re: Que la chasse commence...   Mar 19 Mai 2009 - 19:33

"... Mes ennemis sont masqués, ils agissent derrière des portes fermées..."

Cette curieuse phrase, Irakli n'arrive pas à la chasser de son esprit, et il se la répète comme une litanie, y cherchant vainement un sens caché, alors que lentement, il émerge des torpeurs glacées de l'opium.

Des bruits ouatés lui parviennent de très loin. Peu à peu, Irakli arrive à y voir clair, bien qu'il ne parvienne pas tout à fait à se débarrasser d'un terrible engourdissement qui lui rend très difficile l'exacte perception de ce qui se passe dans la pièce.

Il n'a pas encore bien saisi la signification de la scène qui se déroule devant lui, qu'un instinct irrésistiblement pressant, celui de la bête traquée, lui ordonne d'empoigner le Herstal 1903 qui se trouve dans sa poche droite, ce qu'Irakli fait sans réfléchir d'avantage.

Les bruits se sont soudainement interrompus; l'étranger (Irakli réalise enfin que ce n'est pas Koba) se retourne lentement et le dévisage (ou semble le faire, Irakli n'est pas très sur de lui en ce moment) avec stupeur.

Le Kaukazien entreprend d'examiner plus attentivement l'intrus, avec effort et opiniatreté. Un compatriote ? Ce type ressemble aux fils des tribus cirkassiennes qui,venus du Sud, disputaient la montagne aux Kaukaziens...

Assez rapidement, le cerveau ravagé d'Irakli s'active et récupère son acuité; cet homme, serait-il envoyé par le vieux, ce chien infect trônant dans sa montagne ? ... Et Irakli se perd en conjectures impuissantes sur des évènements qui se sont passés il y a bien longtemps, très loin de Gornograd...

Désireux de faire cesser ce désagréable état d'incertitude, Irakli brandit mollement son pistolet vers l'intrus, et grogne, d'une voix éteinte mais non moins impérieuse:


- Qui ? ... Quoi ?

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Prince Feodor Vassilievitch Pojarski
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Kassian P. Loughinine



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MessageSujet: Re: Que la chasse commence...   Mar 26 Mai 2009 - 17:05

A l'appel du Kaukazien qui pointe vers lui son revolver, Ahmad Baba laisse échapper un soupir d'effroi. Son regard catastrophé darde l'arme de l'opiomane, alors que des grosses gouttes de sueurs perlent sur son front. Il se relève lentement, perdant presque son équilibre.

Ses pensées galopent à la vitesse de l'éclair. En trois seconde, il doit inventer une histoire qui soit assez crédible pour le sauver.
Il doute. Soudain, sa jeune femme lui apparaît, ainsi que ses trois filles (la ruine de sa famille, une véritable malédiction) et son vieux père. Derrière, il aperçoit sa maison, perdue dans les montagnes de son foutu vilayet d'origine. Il voit tout cela et se prépare à sentir le plomb frapper son torse et labourer ses entrailles, se frayant un chemin jusqu'à son coeur.

Que les Russlaves et leurs querelles soient trois fois maudits, je n'ai rien à faire là dedans ! Najah le Miséricordieux, fasse que je retrouve les miens dans l'autre vie, plaide-t-il déjà.

Mais la balle fatale tarde à venir. L'attente de la mort est insupportable. Lorsque Ahmad Baba reprend ses esprits, le Kaukazien n'a pas bougé et escompt toujours une réponse.

- Irakli Akhrameievitch ! Tu ne me reconnais pas? C'est Nikolaï Alexandrovitch ! hurle-t-il presque, se baptisant du nom du Maréchal-Président dont les daguérreotypes s'affichent à présent dans tous les établissements honorables.

- Euh... La police du Tsar ! L'Okhrana ! Je faisais partie de la même volée ! lance-t-il encore, ignorant complètement le système de recrutement de cette organisation...
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Feodor V. Pojarski



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MessageSujet: Re: Que la chasse commence...   Mar 26 Mai 2009 - 22:32

Le Turcose a bien choisi son moment ; en toute autre occasion, Irakli aurait tiré sans poser la moindre question, mais à l’heure actuelle, la vague apaisante de l’opium a éteint en lui l’appel du sang, et il est pris d’une singulière bienveillance pour l’humanité.
Irakli Akhrameievitch plisse les yeux, s’efforçant en vain de comprendre comment cet homme connait son nom. Nikolaï Alexandrovitch ? Oui, il a eut un collègue nommé Nikolaï Alexandrovitch Bremmer, à l’époque où il était agent provocateur à Fomatchk… Mais, autant qu’il puisse s’en souvenir, son Nikolaï Alexandrovitch a terminé sa carrière au fond du Dnieper…
Toujours méfiant, mais curieux d’en savoir plus (seraient-ce les fantômes de ses crimes, qui dans la dernière heure des dérives opiomanes, viennent le hanter ?), il parvient à articuler quelques ordres, d’une voix achée :


- Tes poches, vide-les. Ton arme, fait la glisser vers moi.

A la grande satisfaction du Kaukazien, "Nikolaï Alexandrovitch" obéit avec empressement. Irakli, d’un geste sec, l’invite à s’asseoir en face de lui. Avec le canon de son pistolet, il pousse la bouteille de vodka vers l’intrus :

- Sers nous à boire…

Soudain, des bruits sourds résonnent dans le placard. Irakli fronce les sourcils, et quitte le Turcose des yeux. Celui-ci esquisse un mouvement vers son arme qui gît sur le tapis élimé, sous la table.
Soudain, deux coups de feu éclatent. Ahmad Baba interrompt son geste, foudroyé. Ca y est, il est mort ! Ce satané Kaukazien l’a envoyé ad patres ! L’ordure ! vocifère-t-il entre ses dents. Fébrilement, le Turcose tâte son corps, cherchant la plaie à comprimer, sous le regard placide et éteint du Kaukazien, qui bientôt s’illumine et éclate d’un rire sonore, à peu près au moment où Ahmad se rend compte qu’il n’est pas blessé le moins du monde.
Par contre, les bruits sourds du placard ont brusquement cessé, et un râle s’en échappe, là où deux trous sont apparus.
Le Kaukazien cesse brusquement de rire ;


- Maintenant, sers nous à boire, et dis moi ce que tu fais ici, Nikolaï Alexandrovitch. dit-il tout en se levant, avec peine de son siège. Après avoir fait voler d'un coup de pied l'arme du turcose à l'autre bout de la pièce, il s'approche du placard, curieux de voir si quelqu'un est encore en vie à l'intérieur.

A peine a t-il ouvert la porte que le cadavre de Koba, une balle en plein front - joli carton - tombe à ses pieds. Au fond du placard, la servante Asiate gémit et tremble, ramassée sur elle-même, comme tétanisée.
Une balle s'est fichée dans sa cuisse. Irakli lui assène un coup de crosse sur le crâne pour la faire taire, puis revient s'asseoir face à l'homme qu'il a noyé au fond du Dnieper il y a bien longtemps.

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Prince Feodor Vassilievitch Pojarski
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Kassian P. Loughinine



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MessageSujet: Re: Que la chasse commence...   Dim 2 Aoû 2009 - 17:55

"Nikolaï Alexandrovitch" verse la vodka dans les deux petits verres posés sur la table. Il tremble. Le cliquetis des verres entrechoqués résonne faiblement dans la pièce. Il garde le regard baissé.

- Ce que je fais ici?...

Ahmad Baba est trempé jusqu'à l'os. Les gouttes de sueur s'échappent de tous ses pores, comme des passagers fuyant un steamer avarié, promis à un naufrage imminent.

- Je... je viens pour toi ! Oui, je viens pour te voir, Irakli, mon bon ami !

Il se mord la lèvre inférieure. Il s'est toujours trouvé mauvais acteur.
Mais peu importe, il n'a pas le droit de louper !

- Oh, tu sais, j'ai eu la vie dure depuis quelques années. Avec la Démocratie de Novembre et le démantèlement de l'Okhrana, je me suis retrouvé à la rue. J'ai survécu grâce à des petits boulots. Rien de très stable, si tu vois ce que je veux dire. Indic pour la police, gros bras pour un patron, etc. J'ai vendu des cigarettes aussi...

Voyant qu'Irakli commence à s'ennuyer - il joue dangereusement avec le revolver pointé sur lui - le Turcose accélère la petite comptine.

- Enfin bref ! Maintenant j'ai retrouvé du solide ! Un gradé de l'armée m'a ramassé dans un tripot. Paraît qu'il est influent et qu'il a besoin d'hommes de confiance. C'est peut-être un colonel, ou un général, ou un amiral !
C'est pour ça que je suis venu te chercher, Irakli. J'ai pensé que ça t'intéressait.

Ahmad Baba lève son verre de vodka, prêt à trinquer.

- Et toi, mon vieux? Qu'est-ce que tu fais ces temps-ci?
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Feodor V. Pojarski



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MessageSujet: Re: Que la chasse commence...   Mar 4 Aoû 2009 - 21:50

Le regard d'Irakli s'illumine de perspectives inespérées. L'usage excessif de drogues ne lui a pas (encore) fait perdre le sens des réalités, et il voit très bien ce qu'il peut escompter d'une pareille proposition:
La Russlavie connait une période de troubles, et comme toujours dans ces temps là, l'ordre public se délite, la loi s'anémie, et alors arrive l'âge d'or pour la canaille et ce genre d'engeance qui ne prospère que dans les ruines et le fumier.

En entrant au service d'une huile, Irakli et "Nikolaï Alexandrovitch" peuvent espérer s'en mettre plein les poches en toute immunité.
Après avoir éclusé son verre, il adresse un large sourire à son interlocuteur:


- Da, tovaritch, je suis partant. Allons donc voir ton amiral.

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Prince Feodor Vassilievitch Pojarski
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