La Sainte Russlavie

Micronation inspirée de la Russie tsariste des années 1900
 
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Excellences, Altesses, messieurs et mesdames.



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 A Somorkonde...

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Feodor V. Pojarski



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MessageSujet: A Somorkonde...   Mer 23 Déc 2009 - 17:40

Depuis longtemps la plainte larmoyante des violons tziganes s’était tue ; la mélopée infiniment triste s’en était allée, mais la mélancolie demeurait dans le cœur de Dementi Romanovitch Razoumnikov, qui lentement s’éveillait en ce matin de décembre 1909, ici, aux confins de l’Empire, dans ce Kaukaze abandonné de Dieu et des hommes. Avec difficulté, Dementi Romanovitch parvint à ouvrir un œil, ce qu’il regretta aussitôt. Rien en effet ne pouvait s’offrir à son regard sinon le théâtre de sa déchéance. Il était… dans un claque, probablement. Des chaises et des fauteuils gisaient par terre, renversés, souillés de vin et d’autres liquides de provenance indéterminée. Des corps nus dormaient à même le sol, enchevêtrés et impudiques. Des officiers russlaves ronflaient dans les bras de kaukaziennes aux corps potelés et à la peau mate. Au prix d’un effort surhumain, Dementi Romanovitch parvint à se redresser ; il jeta un coup d’œil autour de lui, à peine étonné de trouver deux filles à ses côtés, toutes les deux dormant du sommeil du juste, avec la satisfaction du travail bien fait. Hirsute, hagard, avec une solide gueule de bois en prime, Dementi Romanovitch parvint à se hisser sur ses guibolles. D’un pas flageolant, il entreprit de récupérer ses vêtements, puis s’en alla prendre l’air sur le balcon, depuis lequel tout Somorkonde s’offrait au regard.

Tout en s’escrimant à fourrer sa chemise dans son pantalon, tâche à laquelle il renonça bientôt, Dementi Romanovitch contemplait la petite ville crasseuse et aziatique qui s’étendait à ses pieds. « Quel bled de merde » vociféra-t-il entre ses dents ; « foutus barbares ». Le mal du pays rongeait le cœur de Dementi Romanovitch comme une gangrène impitoyable. L’alcool coulant à flot, les putes, l’opium, les courses de chevaux, rien de cela ne parvenait à le distraire des noires pensées qu’il ruminait encore et encore. Là bas, loin au nord-ouest, se trouvaient les lourdes et riches plaines de Kalingrad, les isbas des moujiks qu’avait possédé son grand-père. Là bas, pensait douloureusement Dementi Romanovitch, on parlait russlave. Là bas, on trouvait des femmes blondes aux yeux bleues, aux joues rouges et fraîches. Le plus clair de la journée, Dementi le passait accoudé à ce balcon ou a un autre, regardant vers le nord, inlassablement, et passant en revue, minutieusement, tout ce qui faisait ce pays qui était le sien, la Russlavie. Quand la nuit tombait, il rejoignait le reste de la petite colonie tsariste au bordel, où l’attendaient l’oubli de la débauche et la douceur ouatée de l’éthylisme.

Aujourd’hui, Dementi Romanovitch porta ses pensées vers Pychma, le village où il avait grandi. En ces temps là, il n’avait pas conscience d’être un privilégié, en tant que fils d’un hobereau. Il jouait avec les enfants du village, courait dans les vergers, tirait la langue aux hébraïtes. Mais les meilleurs d’entre tous ces souvenirs solaires étaient ceux des parties de chasse au cerf avec son grand-père, le vieux Razoumnik Dementievitch. L’éveil avant l’aube, les préparatifs dans le froid, encore à moitié endormi, puis l’exaltante traque de la bête à travers les bois, l’adrénaline, l’odeur de la poudre et du sang, la fierté puérile de pouvoir rejoindre le cercle des hommes, après avoir arraché le cœur de son premier trophée !

On entendait encore l’écho assourdi des clameurs de mort et d’effroi en provenance du ghetto hébraïte, à l’ouest de la ville. « Cela devait arriver », pensa Dementi Romanovitch, « fatalement ». Au début, le colonel Bezborodko, chef de leur petite communauté, avait interdit aux soldats de s’en prendre à la populace, mais, à mesure que le temps passait, que l’espoir de la chute de la république s’évanouissait, Bezborodko avait sombré lui aussi dans l’ivrognerie et la dépravation. Il ne quittait plus son bureau, au cœur de la Citadelle Rouge. Les Kalmouks avaient pris cette réclusion pour un permis de massacrer. Cela faisait maintenant deux semaines qu’ils brimaient, volaient et assassinaient les hébraïtes de la ville, au grand amusement des Kaukaziens. Une odeur écœurante de chair brûlée montait jusqu’aux narines de Dementi Romanovitch.

Dementi Romanovitch fut subitement tiré de ses pensées par les éclats de voix qui retentissaient dans la pièce, derrière lui. Apparemment, le tenancier du bouge, s’exprimant dans un russlave à couper au couteau, réclamait que les clients remboursent le mobilier cassé. Dementi entendait la voix tonitruante et avinée du sergent Minikh, qui suggérait au Kaukazien d’aller plutôt se faire voir chez les Sknotineques. Dementi Romanovitch se désintéressa vite de la querelle. Invariablement, le vieux proxénète mettrait Minikh dehors, et l’accueillerait à bras ouverts quelques heures plus tard. Mais Dementi Romanovitch ne parvint pas à retrouver le fil de ses idées. La pitoyable dispute d’ivrognes qui retentissait derrière lui était l’illustration patente de son échec, de leur échec à tous, de leur existence misérable et totalement dépourvue du moindre espoir.

Dementi Romanovitch ne reverrait sans doute jamais Pychma, ni Murasibirsk la Vénérable, ni les méandres de la Wolga, car la Russlavie n’existait plus pour eux. Pour eux, les derniers fidèles d’une cause perdue, les derniers soldats d’un Tzar assassiné, il n’y avait plus de Patrie. La clique républicaine avait mis leur tête à prix, et ils vivaient au jour le jour dans ce limes reculé de l’Empire, s’attendant chaque jour à devoir plier bagage pour un endroit pire encore, la Chyne où le Ploukistan.

Ce constat terrible emplit le cœur de Dementi Romanovitch d’une couche supplémentaire d’amertume. Il était fini. Il tâta négligemment son holster, tripotant la gaine de son Walter p-22. Il pouvait décider d’en finir, il pouvait suivre l’exemple du colonel Bakhirev, qui s’était fait sauté le caisson avec son arme réglementaire après l’annonce de la défaite de Polchak, dernier espoir d’une restauration impériale.

Dementi Romanovitch se força à poser son holster à terre. Pas encore, pas aujourd’hui. Il allait encore s’accrocher quelques temps encore, et s’efforcer de croire aux mirages contre-révolutionnaires que ses camarades, Minikh et les autres, entretenaient à grand renfort de vodka et d’opium. Rentrant à l’intérieur, Dementi Romanovitch s’empara d’une bouteille, empoigna une prostituée encore ivre et se dirigea vers une chambre. Une nouvelle journée commençait…

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Prince Feodor Vassilievitch Pojarski
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Feodor V. Pojarski



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MessageSujet: Re: A Somorkonde...   Sam 6 Fév 2010 - 22:37

Le jour ne se lèverait pas avant plusieurs heures, et, à vrai dire, Dementi Romanovitch ne voulait pas voir le soleil se lever. Il avait résolu de mettre fin à ses jours à l’aube, et maintenant que l’échéance approchait, il n’était pas pressé d’y arriver. Mais il avait beau retourner le problème dans sa tête, là, assit dans sa chambre de l’Hotel Petrouchki, aucune autre échappatoire ne s’offrait à lui. Il était un paria, un homme sans pays ; les épaulettes qui ornaient son uniforme défraichi et maculé étaient aussi dénuées d’existence que ce titre de lieutenant que les soldats lui donnaient. L’Armée Impériale n’existait plus, la Russlavie elle-même avait perdu son âme.

Ces dernières semaines la communauté tsariste de Somorkonde avait atteint un degré avancé de dégradation. A dire vrai, elle était proche de la dislocation totale. Le colonel Bezborodko s’était enivré jusqu’à ce que mort s’ensuive, là haut, dans ses appartements de la Citadelle. On n’avait retrouvé son corps que trois jours après sa mort, quand une ordonnance s’était avisée de renouer avec les formalités militaires, comme ça, par désœuvrement. Les auxiliaires Kalmouks avaient quitté la ville : après avoir tué le dernier hébraïte, ils s’en étaient retournés dans leurs montagnes, alourdis de butin. Tous les jours, la petite communauté se réduisait ; les hommes disparaissaient, ou mouraient. Le sergent Minikh lui-même, ce roc qu’on aurait cru imperméable à tout désespoir comme à toute intelligence, ce camarade toujours jovial et toujours saoul, avait fini par se faire tuer dans une rixe avec des autochtones. Les bordels fermaient les uns après les autres. On ne trouvait plus une pute qui ne soit pas vérolée dans tout Somorkonde. Un beau jour, c'est-à-dire mardi passé, Dementi Romanovitch s’était rendu compte qu’il était le dernier officier de tout Somorkonde. Tous ses camarades s’étaient volatilisés, les uns après les autres. Quant aux soldats, ils ne valaient guère mieux ; au mieux, ils l’ignoraient, trop saouls pour le reconnaitre, au pire ils l’insultaient, l’accusant d’avoir causé leur perte. Mais à vrai dire, même les jurons des soldats lui manquaient à présent : la plupart des troufions était partie avec les Kalmouks ou avait rejoint les contrebandiers Tcherkesses des collines.

Dementi Romanovitch fit quelques pas jusqu’au miroir fêlé qui ornait sa chambre. Ce qu’il y voyait achevait de le déprimer. Ses yeux, jadis d’un bleu éclatant, étaient maintenant complètement délavés, presque blancs, à cause des quantités astronomiques d’alcool qu’il avait ingurgité. Ses traits s’étaient affaissés, ses joues étaient bouffies, ses moustaches jaunies par le tabac.
Les heures passaient, et inéluctablement Dementi Romanovitch se rapprochait de la fin. A la vérité, il était terrifié, mais il n’avait pas le choix. Faisant un gros effort sur lui-même, il s’obligea à se lever, boucla son ceinturon et rectifia sa tenue. Il voulait mourir en soldat. Il sortit de sa chambre et descendit sur la terrasse de l’hotel, où il avait résolu de procéder à l’opération.

Lentement, la ville commençait à s’éveiller, alors que des lueurs mauves irradiaient déjà le ciel à l’est. Dementi Romanovitch tripotait son arme, marchant de long en large sur la terrasse, en proie à une agitation extrême, doublée d’un désespoir infini. La Russlavie, la loyauté à la Patrie, les vergers de Pychma, les bains dans la rivière Avguaï, son serment de fidélité à Nicolas Ier, en 1905 (« Je jure devant le Dieu Tout-puissant de servir sa Majesté impériale, l’Autocrate suprême, sincèrement et fidèlement, de lui obéir en toutes choses, et de défendre sa dynastie, sans épargner mon corps, jusqu’à la dernière goutte de mon sang. »), la première femme qu’il avait pris (une jeune paysanne aux seins lourds et aux hanches larges, à Pychma), la campagne contre les Turcoses,… tout s’entrechoquait dans son esprit aux abois, et, eh bien oui, il est possible que des larmes coulaient des yeux gris de Dementi Romanovitch, de grosses larmes d’amertume et de désespoir.

Mais il était temps d’en finir. Dementi Romanovitch poussa un soupir résolu, et empoigna son pistolet d’ordonnance. D’un geste ferme, il le braqua sur sa tempe et ferma les yeux…

- Hé psst !

Dementi Romanovitch ouvrit les yeux. Qui se permettait de le déranger en ce moment crucial ? Un peu d’intimité, ce n’est pas trop demander à ces barbares halawites ? Dementi Romanovitch scruta les ténèbres qui l’environnaient : il n’y avait personne sur la terrasse. Il s’était sans doute trompé. Reprenant sa respiration, Dementi Romanovitch braqua à nouveau le canon sur sa tempe…
- Hé lieutenant !

Cette fois-ci Dementi Romanovitch était vraiment excédé. Un petit malin s’évertuait à lui gâcher son suicide ! Braquant son pistolet vers l’obscurité, il cria :
- Qui va là ?

Une voix lui répondit, en russlave. C’était un accent aristocratique, mais avec une nuance indéfinissable, étrangement orientale, que Dementi Romanovitch ne parvenait pas à identifier ;
- Ooh, tout doux, mon gars ! Baisse ça, tu pourrais blesser quelqu’un !

Une ombre sortit de la nuit. La faible lumière venant des fenêtres de l’hôtel éclaira un homme de taille moyenne, au visage de type kaukazien. Il était habillé de vêtements de voyage, mais bien coupés et visiblement de marque. Mais c’était surtout l’expression du nouveau venu qui frappa Dementi Romanovitch : l’homme semblait avoir vissé sur son faciès une grimace joviale, un rictus figé, comme si c’était là ce qu’il imaginait être un sourire amical.
Dementi Romanovitch baissa son arme, et regarda l’homme s’approcher, jusqu’à ce qu’il put voir les yeux noirs et étrangement fixes de l’homme. Ce dernier regarda le pistolet que tenait Dementi Romanovitch.

- Oh oh, ça n’a pas l’air d’être la forme ici, mon vieux. J’en connais un qui a une grosse envie de se brûler la cervelle, je me trompe ? s’exclama l’étranger d’une voix enjouée, moqueuse.

Les larmes recommencèrent à couler sur les joues couperosées de Dementi Romanovitch. Ses épaules s’affaissèrent et son pistolet tomba par terre. Il était brisé, et il n’avait pas la force de le dissimuler à l’homme qui venait d’apparaître. Celui-ci pris Dementi Romanovitch par les épaules, et lui parla d’un ton paternel et bienveillant ;
- Allez, c’est bon mon vieux. Viens, allons au bar. On va boire à la santé de Kolia et de la Sainte Russlavie impériale !

Quelques heures plus tard, Dementi Romanovitch n’avait plus du tout envie de se tirer une balle. Il avait retrouvé l’espoir, en même temps qu’un chef pour lequel combattre. Oh, il donnerait sa vie pour le Prince Pojarski, l’homme qui, il en avait maintenant la certitude la plus absolue, allait renverser la république. Et lui, Dementi Romanovitch, lieutenant au chômage, alcoolique patenté, encore candidat au suicide quelques heures plus tôt, il serait son bras droit, son fidèle second ! Entre deux bouteilles de kvas, le prince Pojarski lui avait expliqué son projet de mettre sur pied un corps franc pour soutenir l’action tsariste sur le terrain. A Murasibirsk, a Gornograd, lui avait-il dit, des centaines de soldats au chômage n’attendaient que lui, Dementi Romanovitch Razoumnikov, pour marcher contre les rouges !

Le jour finit par se lever, et Dementi Romanovitch était toujours de ce monde, prêt à retrouver sa Patrie bien-aimée. Une nouvelle vie commençait…

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Prince Feodor Vassilievitch Pojarski
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